11 novembre 2008

La danse macabre

La danse macabre - fresque de Clusone - Italie

La danse macabre représente, dans la littérature, la peinture ou la sculpture du XIVème au XVIème siècle, l'entraînement inexorable de tous les humains, quelle que soit leur position sociale, dans un cortège solidaire vers un destin commun. Les personnages qui composent la danse macabre sont, dans l'ordre : l'acteur, la pape, l'empereur, le cardinal, le roi, le patriarche, le connétable, l'archevêque, le chevalier, l'évêque, l'écuyer, l'abbé, le bailli, l'astrologue, le bourgeois, le chartreux, le sergent, tous entrelacés de squelettes. Puis, viennent quatre personnages qui ne sont pas séparés par des morts : le médecin, la femme, l'usurier et le pauvre.

De nombreuses églises ou cimetières furent ornés de grandes fresques représentant cette alternance de squelettes et de personnages vivants. Cette forme d'expression fut le résultat d'une prise de conscience et d'une réflexion sur la vie et la mort, dans une période où celle-ci était devenue plus présente et plus traumatisante, notamment suite à la grande peste de 1348, et aux différents conflits de la Guerre de Cent Ans.

La danse macabre souligne la vanité des distinctions sociales, dont se moquait le destin, fauchant le pape comme le pauvre prêtre, l'empereur comme le lansquenet.

La plus célèbre des danses macabres fut peinte sous les arcades du cimetière des Saints-Innocents. Des reproductions circulèrent dans toute l'Europe. Rares sont aujourd'hui les danses macabres complètes que l'on peut encore admirer. On mentionnera celle, remarquable, de l'église Kermaria-An-Iskuit à Plouha (Côtes-d'Armor), ou encore celle de Clusone en Italie (ci-dessus).

15 août 2008

Saint-Germain-des-Prés

Abbaye de Saint-Germain-des-PrésL'abbaye de Saint-Germain-des-Prés fut fondée au VIème siècle, sous le règne de Childebert Ier, selon l'ordre de Saint-Benoît. L'évêque de Paris à cette époque, Germain, participa à sa fondation et l'administra. Elle lui doit son nom. Initialement fondée pour honorer les reliques de Saint-Vincent ramenées par Childebert Ier de Saragosse, elle prit le nom de Saint-Germain quand ce dernier fut canonisé. L'abbaye fut ensuite le lieu de sépulture des rois mérovingiens.

L'abbatiale (qui subsiste de nos jours) fut construite plus tard, vers le XIème et le XIIème siècle. Elle est considérée par les historiens comme le plus ancien édifice religieux de Paris.

L'abbaye resta longtemps hors les murs de Paris, et était entourée d'un canal ("La petite Seine") qui communiquait avec la Seine. Avec l'importance et la richesse que prit l'abbaye au fil des années, un petit bourg commerçant se greffa à l'extérieur. Un pilori, signe visible de l'autorité des abbés sur le bourg se dressait au milieu de l'axe principal de la route qui menait à Paris. A ses côtés, s'ouvrait une grande foire attirant commerçants et artisans, qui fut plus tard remplacée par le Marché Saint-Germain au XIXème siècle. Cette foire était un des nombreux privilèges attribués aux abbés de Saint-Germain-des-Prés par le roi. Le bourg comptait, au XIVème siècle, environ un millier d'habitants. Son église principale était Saint-Sulpice.

Les rentes procurées par leurs diverses activités en faisaient une des plus riches de Paris, et l'abbé de Saint-Germain-des-Prés, un des plus puissants de la clergie française.

31 juillet 2008

L'alchimie

Allégorie de l'alchimieComme son étymologie l'indique, l'alchimie occidentale au Moyen Âge est un prolongement des recherches effectuées par les Arabes. Au XIIIème siècle, la plupart des grands traités scientifiques arabes ont été traduits en latin, et se diffusent aisément parmi les intellectuels du monde chrétien.

Qu'elle soit arabe, latine, grecque ou encore égyptienne, l'alchimie consiste à tenter de fabriquer la pierre philosophale, c'est à dire à réussir le Grand Oeuvre, et ainsi être capable de transmuter les métaux vils en or, ou en argent. Un autre but est essentiellement thérapeutique : la recherche de l'élixir d'immortalité et de la Panacée (la médecine univierselle).

Au XIVème siècle, les alchimistes latins se distinguent des alchimistes arabes en abandonnant les recettes à base d'excréments, de sang ou de poils, pour leur substituer les techniques "métalliques" à base de mercure, de souffre et de plomb. Certains incorporent à leurs recettes de l'or pur, qui par un effet similaire au levain, se démultiplierait dans les alambics.

De nombreux traités furent écrits, tous maquillant les pseudo-découvertes sous de complexes et hermétiques symboles que seuls les initiés pouvaient comprendre et interpréter.

Beaucoup de ces traités fonctionnaient par allégories religieuses, la quête de l'Oeuvre s'apparentant à la résurrection du Christ. Ces traités étaient également écrits sous des pseudonymes, car même si l'alchimie en tant que telle n'a jamais été condamnée par l'église, il était déjà admis par ceux qui avaient notamment lu Aristote, que la transmutation des métaux n'était tout simplement pas possible. Ces traités s'apparentaient donc davantage à des joutes intellectuelles plutôt qu'aux quêtes d'immortalité que renvoie l'imagerie populaire de l'alchimiste médiéval.

Dans la symbolique utilisée dans ces traités, la numérologie joue un grand rôle. Chaque minerai, chaque couleur, chaque planète, chaque essence est associée à un nombre, une lettre, un symbole...

De très tenaces légendes ont voulu, plusieurs siècles encore après sa mort, que l'écrivain-juré Nicolas Flamel ait découvert la pierre philosophale et ait ainsi obtenu la vie éternelle, après avoir appliqué l'élixir sur sa femme et sur lui-même...

30 juillet 2008

Charles VI

Charles VI, roi de France Charles VI, dit le bien aimé, roi de France.

Fils de Charles V, Charles VI accède au trône à l'âge de 11 ans en 1380, et se fait sacrer roi à la cathédrale de Reims. Mais en raison de son jeune âge, et comme pour les premières années du règne de son père, ce sont ses oncles qui gouvernent réellement le royaume : les ducs d'Anjou, de Bourgogne, de Berry et de Bourbon se disputent le pouvoir et s'enrichissent sur le dos de la population accablée par le rétablissement d'anciens impôts en janvier 1382. Cette situation débouche sur la révolte des Maillotins, qui sera matée dans le sang. En 1388, Charles VI reprend la main, et renvoie ses oncles, comprenant qu'ils ne cherchent que leur intérêt personnel.

Charles VI devient vite populaire auprès des Français (d'où son surnom de bien aimé). Sous son règne, en effet, la paix et la prospérité revient, après des décennies de maladies, de guerre et de famine.

Malheureusement, le roi va tomber malade. Il est atteint de graves troubles psychiatriques. Sa première crise se manifeste en 1392, lorsque, chevauchant avec sa suite dans la forêt du Mans, le roi se met à hurler et attaque ses propres hommes. Il se fait maîtriser, mais parvient à tuer quatre personnes. Après quelques heures, il reviendra à lui et demandera pardon.

En 1393, survient l'épisode du bal des Ardents. Pour égayer le roi, son épouse Isabeau de Bavière organise un bal costumé à l'Hôtel Saint-Pol. Le roi, et quelques uns de ses amis se déguisent en "sauvages", mais leurs costumes prennent feu, et plusieurs personnes meurent dans ce tragique événement qui ébranle encore plus le souverain.

Par la suite, le roi souffrira de nombreuses crises de durées plus ou moins longues, pendant lesquelles il est alité, incapable de gouverner, mais entre lesquelles il se montre travailleur, diplomate et intelligent. Profitant des indispositions du roi, les oncles reprennent épisodiquement le pouvoir. Pendant les longues années de son règne, on tente tout pour le guérir. Des dizaines de médecins venus de toute l'Europe se penchent sur son cas, une ferveur religieuse populaire intense se dessine spontanément. Naturellement, on pense que le roi a été empoisonné, ou ensorcelé. Des charlatans de toute espèce tentent d'approcher la couche du roi, mais beaucoup se font évincer ou punir pour leur manque d'efficacité.

L'histoire lui a souvent légué le surnom de "Charles VI le fol", mais ce qualificatif ne lui a jamais été donné de son vivant, eu égard au respect envers le roi, ainsi que sa très grande popularité qui n'a jamais faibli, malgré ses absences.

Charles VI s'éteint le 21 octobre 1422 après un long et difficile règne, marquée par la guerre civile entre les Armagnacs et les Bourguignons et lègue un royaume en plein rétablissement à son fils, le futur Charles VII. Ce dernier mettra fin à la guerre de Cent Ans, avec l'aide imprévue de Jeanne D'Arc...

27 juillet 2008

Nicole Oresme

Nicole OresmeNicole Oresme est un des plus grands penseurs du XIVème siècle. Né dans le village d’Allemagne (l’actuel Fleury-sur-Orne) en 1325 et mort à Lisieux le 11 juillet 1382, il fut économiste, mathématicien, physicien, astronome, philosophe, psychologue, musicologue, théologien et traducteur français.

Dans pratiquement tous les domaines qu'il étudia, il se montra un remarquable précurseur. Il eut aussi le grand mérite de vouloir mettre le savoir scolastique à la portée d'un large public en traduisant en français plusieurs textes d'Aristote et en donnant des versions françaises de certaines de ses propres oeuvres. Ce travail nouveau pour l'époque a été d'autant plus important qu'il a certainement joué un rôle dans le développement de la langue française.

En 1348, il est admis au collège de Navarre, à Paris. Ce collège était ouvert sans condition de naissance, de famille ou d'âge, à tout français pauvre qui se destinait à l'étude de la grammaire, de la logique ou de la théologie. Nicole Oresme y reste treize ans et s'y distingue très vite; étudiant puis maître en divinité, il devient grand-maître le 4 Octobre 1356.

En 1360, le roi Jean II l’engage comme précepteur pour son fils, le futur Charles V.

Ainsi, pendant qu'il remplissait au collège ses diverses fonctions, il publie des oeuvres sur l'astrologie, la théologie, les mathématiques. Son traité des monnaies lui vaut d'attirer l'attention du dauphin Charles V beaucoup plus ouvert que son père Jean II à la réflexion rationnelle et morale. Ainsi le philosophe va devenir un protégé de Charles V et entrer dans une nouvelle carrière. Il séjourne également à Rouen, mais fréquente surtout la cour. Il obtient le titre de secrétaire du roi puis de conseiller et de chapelain. C'est durant cette dernière partie de sa vie qu'Oresme écrit ses oeuvres en français et publie ses traductions commentées des livres d'Aristote. Il effectuera également une mission diplomatique à Avignon, à la demande du roi, lors du schisme). Il est sera enfin sacré évêque de Lisieux le 28 janvier 1378. Charles V assiste à la cérémonie et lui offre deux anneaux d'or. Nicole Oresme s'installe définitivement à Lisieux à partir de juin 1378. Il y meurt le 11 juillet 1382. Son corps est déposé dans la cathédrale, près de la porte gauche du choeur.

En géométrie analytique, ses conjectures et démonstrations feront autorité pendant plusieurs siècles, avant que de grands mathématiciens tels que Fermat, Descartes ou Pascal mettent au point des outil de calcul plus complexes et élaborés que ceux que connaissait Nicole Oresme.

De plus, ses écrits portèrent également sur le mouvement rectiligne uniformément accéléré. Il établit que si la vitesse à l'instant zéro est nulle, la distance parcourue est proportionnelle au carré du temps. Gallilée a eu connaissance de ces travaux, et s'en est largement inspiré pour ses propres théories.

Quant à l'astrologie, Oresme défend évidemment la sphéricité du monde, mais il va encore plus loin : près de deux siècles avant Copernic, il établit deux solutions pour décrire le mouvement des étoiles : soit le ciel tourne, soit le terre tourne sur elle même. Il propose ainsi d'expliquer le mouvement diurne par l'hypothèse de la rotation de la terre sur elle-même par rapport à l'ensemble du ciel immobile, et il montre que les deux hypothèses sont équivalentes. Mais il ajoute ensuite que son hypothèse étant plus simple que celle des anciens (et de l'Eglise), elle doit surement être la bonne.

Dans bien d'autres domaines encore son génie a excellé. Ainsi, il a travaillé sur les questions de mécanique ondulatoire du son et de la lumière. Oresme a été le premier à théoriser que la nature de la couleur et de la lumière sont identiques. Il avait compris que la couleur n’est que de la lumière blanche brisée et reflétée, c’est-à-dire que « les couleurs font partie de la lumière blanche ». Cette brillante théorie a en outre été inspirée par ses investigations musicologiques : dans sa théorie des harmoniques et de la couleur de tonalité, il a établi une analogie entre les gammes musicales et le phénomène du mélange cyclique des couleurs.

Ces fragments de l’œuvre monumentale d’Oresme montrent qu’il était l’un des scientifiques les plus innovateurs à l’aube de l’âge moderne et un pionnier du monde moderne.

25 juillet 2008

Le cimetière des Innocents

L'origine de ce cimetière remonte au XIIème siècle, installé alors hors les murs de la ville de Paris. Situé à côté des Halles, il était alors décrit comme un cloaque fangeux dans lequel les animaux erraient pour trouver leur nourriture, mais il devint aussi rapidement un lieu de fréquentation des marchands, des écrivains publics, des prostituées et des lingères. Le cimetière tient son nom de l'église voisine aujourd'hui disparue, dédiée aux Saints-Innocents, enfants de Judée massacrés sur l'ordre d'Hérode.

Quand Philippe-Auguste fit fermer Paris d'une nouvelle enceinte à la fin du XIIème siècle, le cimetière fut agrandi, enclos d’un mur de 3 mètres de haut, et englobé dans les nouvelles limites de la ville, devenant ainsi un cimetière intra-muros. Il se présente alors sous la forme d’un rectangle compris sur sa longueur entre les rues aux Fers (actuelle rue Berger) et de la Ferronnerie, sur sa largeur par les rues Saint-Denis et de la Lingerie, c’est à dire une surface sensiblement plus grande que l’actuel square Joachim Du Bellay (ou l'on peut toujours admirer la fontaine aux Innocents). Cinq portes y donnaient accès.

Le cimetière des Innocents

Le cimetière était celui des paroisses de la rive droite, mais également des noyés de la Seine et des morts par épidémies. Les plus modestes se faisaient inhumer dans des fosses qui restaient ouvertes jusqu’à ce qu’elles fussent pleines. Plusieurs fosses étaient ouvertes simultanément, correspondant aux différentes institutions percevant des droits. Elles étaient très nombreuses lors des épidémies de peste noire du XIVème siècle. Pour la bourgeoisie, la sépulture individuelle était la norme. Certains étaient inhumés en cercueil (on a retrouvé des traces de bois et des clous), mais la plupart l’était dans un simple linceul : la terre des Innocents avait la réputation de dissoudre les corps en un temps record !

En raison de l’augmentation démographique, il fallut trouver de la place, et donc un moyen de vider les fosses. C’est l’origine des charniers, qui furent construits entre le XIVe et XVe siècle, et adossés au mur d’enceinte tout autour du cimetière. Les bourgeois de la ville firent édifier ces arcades, souvent pour leur usage personnel (ainsi, Nicolas Flamel fit construire l’une d’entre elles pour le tombeau de sa femme Pernelle). Peintures, fresques et épitaphes fleurirent rapidement, la plus célèbre étant la danse macabre.

Le cimetière comprenait également en son sein différentes chapelles privées, ainsi qu'un reclusoir (occupé essentiellement par des femmes) adossé à l'église du cimetière.

Le cimetière fut supprimé en 1785, et l'année suivante, les ossements furent, de nuit, déblayés des fosses et amenés dans les futures Catacombes créées pour l’occasion. L’exhumation ne se fit qu'à une profondeur d’1m60, ce qui permet d’assurer que de nombreux corps subsistent encore sous la chaussée de l’actuel square. On considère que depuis son ouverture, quelques deux millions de Parisiens y avaient été inhumés.

22 juillet 2008

L'inquisition médiévale en France

Saint Wolfgang et le démon (Michael Pacher) L'inquisition est un tribunal qui fut créé par l'Eglise Catholique en 1231 pour lutter contre les hérésies (notamment les Cathares). Elle connaît son apogée en France dans la second moitié du XIIIème siècle. La torture (ou "question") - souvent pratiquée - est officialisée par la bulle Ad extirpenda en 1252. A Paris, elle se pratiquait dans le Palais de Justice, sur l'île de la Cité, dans la tour "Bonbec" qui borde la Seine. Bon nombre de procès se terminaient alors par des bûchers collectifs.

Le problème cathare étant "résolu" au tournant du XIIIème siècle, l'inquisition juge alors hâtivement les Templiers à la demande du roi de France Philippe le Bel, puis se diversifie et s'oriente davantage vers les procès individuels. Ainsi, la turlupine Marguerite Porète est brûlée vive avec son livre.

En 1323, l'inquisiteur français Bernard Gui (immortalisé dans Le Nom de la Rose) écrit un traité qui fera référence pendant une centaine d'année : Practice Inquisitionis (de la pratique de l'inquisition)

Mais au fil du XIVème siècle, le nombre de procès en hérésie menés par l'Inquisition diminue en France. Et tandis qu'elle perd de sa toute-puissance - en raison des nombreux abus, des scandales des procès expédiés, ou de l'usage de la torture - elle se renforce en Espagne pour devenir même un contre-pouvoir de Rome au XVème siècle.

Dans le roman, l'inquisiteur Eusèbe de Montfort est un personnage fictif.

7 juillet 2008

Charles V

Charles V, roi de France Charles V, dit le Sage, roi de France.

Fils de Jean II, il assure la régence (avec ses oncles) pendant l'emprisonnement de son père à Londres, de 1356 à 1360, puis sera couronné à la mort de son père, en 1364.

Son règne marque la fin de la première partie de la guerre de Cent Ans : il réussit à récupérer toutes les terres perdues par ses prédécesseurs, restaure l'autorité de l'État et relève le royaume de ses ruines.

Charles V est un roi très instruit. Alors dauphin, son précepteur fut Nicole Oresme qui le sensibilisa aux auteurs classiques. Christine de Pisan le décrit comme un intellectuel accompli maîtrisant les sept arts libéraux. C'est aussi un roi très pieux, qui prend Saint-Louis comme modèle (restauration de la grandeur de l'état et du sentiment patriotique, mais aussi construction de la sainte-chapelle de Vincennes).

En 1356, lorsque son père est fait prisonnier, il n'a que dix-huit ans, mais bien des défis se présentent à lui. Il doit faire face à la révolte des bourgeois de Paris, conduits par Etienne Marcel, ainsi qu'à la Jacquerie dans le nord du royaume. Il doit également faire face à de nouvelles charges des Anglais. Paradoxalement, ces difficultés renforceront son image auprès des Parisiens. En effet, il parvient à éliminer ses ennemis sans faire couler le sang dans la capitale.

Le traité de Londres qui permet d'obtenir une paix relative avec l'Angleterre - et sa rançon de 4 millions d'écus pour le retour du roi Jean - oblige le royaume à se réorganiser. Avec Nicole Oresme aux finances, la création du franc, un système d'impôts efficace, et la réinjection des capitaux dans la population via une politique de grands travaux, ce qui crée de la richesse et des revenus réguliers pour l'état.

Ainsi, avec son fidèle Bertrand Du Guesclin, il peut alors se lancer dans une vaste reconquête des terres cédées aux Anglais. Ses troupes, mieux dirigées et mieux payées, voleront alors de victoire en victoire. Mais sa stratégie de reconquête n'est pas que militaire : elle est tout aussi diplomatique. Ainsi, il laisse venir le grand schisme d'occident pour mieux isoler l'Angleterre, et en janvier 1378, alors qu'il est victorieux sur tous les fronts, il reçoit son oncle l’empereur germanique Charles IV, afin de faire avaliser sa souveraineté et ses victoires par un des souverains les plus puissants d'Europe. Cette visite est grandiose ; elle est l'occasion de montrer que le roi de France est l'égal de l'empereur (le protocole est étudié pour cela).

Il meurt en 1380 et laisse à son fils le futur Charles VI, un royaume en bien meilleur état qu'il ne l'avait trouvé.

1 juillet 2008

Le Château de Vincennes

Le Château de Vincennes est le plus important château fort royal français subsistant, et par la hauteur de son donjon (50 mètres), il est la plus haute forteresse de plaine d'Europe.

Les bâtiments médiévaux que l'on peut admirer de nos jours ont été construits sur une courte période, au XIVème siècle.

Les Capétiens prisaient déjà l'endroit. S'il n'en reste rien de visible, des fouilles attestent la présence d'un manoir médiéval qui se trouvait idéalement situé en bordure de l'immense forêt de Vincennes. L'endroit était parfait, pour surveiller Paris, tout en se détendant à la chasse.

Saint-Louis (Louis IX) y est même souvent représenté, rendant la justice sous un chêne. Ce roi diplomate et pieux entreposa même à Vincennes une partie des reliques de la Passion, ramenées de Terre Sainte.

le donjon du château de VincennesMais c'est surtout Jean II qui, de retour d'exil, ordonne la construction d'un gigantesque donjon afin d'asseoir son autorité retrouvée. Le 22 avril 1361, le roi nomme Jean Goupil «payeur des œuvres», c'est-à-dire gestionnaire du financement de la construction de cette tour. Ce que Jean II décide de construire est à la fois une résidence royale, un lieu de protection et un point d'appui militaire aux portes de Paris. Le donjon encore aujourd'hui dans un état remarquable, témoigne du génie de son architecte : Raymond du Temple. Ce programme multiple est alors tout entier dans le donjon et son enceinte : l'enceinte du château, entreprise en 1373, n'était pas prévue à ce stade.

Même si la construction fut achevée en un temps record en 1370, ce qui est remarquable pour une œuvre d'un telle complexité, Jean II n'en profitera pas, étant décédé en captivité à Londres. Ainsi, le donjon étonne par la puissance qu'il dégage de l'extérieur, mais aussi par la finesse et la richesse de sa décoration intérieure. La seule et fine colonne qui soutient les voûtes de chacune des pièces centrales de chaque étage encaisse un poids intelligemment réparti selon de très complexes et astucieux transferts de forces qui ont été récemment mis au jour, lors des travaux de restauration du donjon.

le château de Vincennes en 1380 Le lieu plaisait à Charles V, et il va décider de continuer les travaux, en lançant un autre projet titanesque : clore l'ensemble des bâtiments capétiens et le donjon en une gigantesque enceinte fortifiée. Cette enceinte fut réalisée dans sa totalité (avec ses neuf tours) dans le temps record de 8 ans, ce qui a dû impliquer une logistique de chantier incroyable, étant donné la quantité de pierres qu'il a fallu transporter, tailler et assembler. Il a sans doute dû s'agir du plus grand chantier de construction de toute l'Europe.

Ainsi, en quelques années, pour la construction, on a utilisé environ 260 000 blocs de calcaire d'une hauteur d'un pied, d'une longueur moyenne de 80 cm, d'une épaisseur de 50 à 70 cm : cela signifie l'arrivée en moyenne de 130 blocs par jour ouvrable. Sans compter les matériaux nécessaires pour les parements, les portes, les fenêtres, etc.

Le coût de construction du château fut considérable. Les quelques documents conservés permettent d'affirmer que le chantier, entre 1361 et 1380, coûta au roi plusieurs centaines de milliers de livres, cette énorme somme englobant les travaux proprement dits mais aussi les dépenses liées à l'agrandissement du Bois et aux aménagements intérieurs des constructions.

Car bien que réalisée en un temps très court, la construction fut d'une très grande qualité. Le soin apporté à l'assemblage, à joints fins, des pierres des parements extérieurs du donjon et de son châtelet et surtout de l'enceinte du château, est remarquable.

Enfin, en 1379, Charles V ordonne la construction de la Sainte-Chapelle, pour honorer la mémoire de son aïeul, et protéger les reliques de la Passion. Cependant, le roi meurt l'année suivante, et ce projet n'est pas repris pas son fils, Charles VI, jugeant trop dispendieuses les dépenses faites à Vincennes. La construction en reste au stade de fondation pendant de longues années, avant qu'elle ne reprenne timidement dans les années 1395, sans toutefois être achevée. Le chantier ne fut réellement achevé qu'en 1559 par Henri II.

Pour aller plus loin : chateau-vincennes.fr

30 juin 2008

La Peste Noire

Médecin soignant la peste noire La peste noire est une pandémie de peste bubonique qui a décimé la population européenne entre 1347 et 1350, atteignant un pic en France en 1348.

La peste s'est déclarée en Chine en 1334 et s'est rapidement répandue dans de nombreuses provinces chinoises, puis, via les Mongols qui commerçaient avec les Gênois, elle est arrivée en Europe, notamment à Gênes et Marseille fin 1347. En un an, tout le pourtour méditerranéen fut atteint.
La peste noire se répand alors comme une vague, mais elle ne s'établit pas durablement aux endroits touchés. Le taux de mortalité moyen d'environ 30 % de la population totale (et de 60 à 100 % de la population infectée) est tel que les plus faibles sont vite tués, et le fléau ne dure en moyenne que six à neuf mois.
Les médecins étaient tout à fait impuissant face à ce fléau. Comme on ne connaissait pas les causes du mal, on ne soignait pas les malades et on n'ensevelissait pas les morts, ce qui favorisait la contagion.
Depuis Marseille, la peste gagne rapidement Avignon, alors cité papale et carrefour du monde chrétien, ce qui lui donne une formidable plateforme de diffusion. Elle atteint Paris en juin 1348, et en décembre 1348, toute l'Europe méridionale de la Grèce au sud de l'Angleterre est touchée. En décembre 1349, la peste a traversé presque toute l'Allemagne, le Danemark, l'Angleterre, le Pays de Galles, une bonne partie de l'Irlande et de l'Écosse. Elle continue ensuite sa progression vers l'est et vers le nord dévastant la Scandinavie en 1350, puis se perd dans les vastes plaines inhabitées de Russie en 1351.

Si la peste anéantit la population, elle marque durablement les esprits. Certains y voient la marque de l'Apocalypse, d'autre en profitent pour exacerber les haines contre les juifs, ou les gens du voyage, d'autre encore s'en inspirent pour en faire des oeuvres d'art (c'est en 1350 que le poète italien Bocace décrira dans son chef d'œuvre Le Décaméron un groupe de jeunes nobles fuyant la peste pour se raconter des histoires grivoises...). La peste noire marque également un tournant dans l'appréhension de la mort. Devenant un fait quotidien, l'imagerie de la mort (squelettes, gisants...) se développe, notamment au travers de représentations de la Danse Macabre.